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Indignez-vous, de Stéphane Hessel


Le livre du mois, janvier 2011

 

Drôle d’injonction que celle qui nous bouscule comme une trainée de poudre depuis un mois : "Indignez-vous !" Est-ce parce qu’elle vient d’un vieux monsieur de 93 ans ? Ou parce qu’il s’appuie sur son engagement de résistant ? C’est en tout cas sur cette double affirmation qu’il ouvre son pamphlet. Car il se souvient que si le Conseil National de la Résistance était une force d’opposition à l’ennemi, il avait aussi mis au point un programme de principes et de valeurs qui ont servi de base à notre démocratie moderne.

Le retour sur ces valeurs prônées il y a 60 ans pourrait ressembler à une régression vers un hypothétique âge d’or si l’action de Stéphane Hessel depuis cette période n’avait été constamment au service d’un engagement pour la démocratie et pour les plus démunis. Pour exemple, son indignation et son combat pour la Palestine, et son analyse de l’exaspération des Gazaouis qui les pousse vers une violence sans issue. Et pourtant, selon lui, "il ne faudrait pas ex-aspérer, il faudrait es-pérer". Seule la non-violence peut faire cesser la violence, seule, elle est efficace, par le message d’espoir qu’elle porte dans "la capacité des sociétés modernes à dépasser les conflits par une compréhension mutuelle et une patience vigilante." Pour preuve, il souligne l’embarras du  gouvernement israélien à cause de la marche hebdomadaire sans violence de citoyens vers le mur contre lequel ils protestent.

 

Mais c’est à nous tous, et surtout aux jeunes générations que s’adresse Stéphane Hessel, quand il nous souhaite d’avoir un motif d’indignation. Avec le recul, il reconnait qu’il était probablement plus facile de s’indigner contre l’occupation nazie, contre le colonialisme, contre la guerre d’Algérie. Mais il nous engage à observer le monde actuel, où la course à l’argent s’est accrue, où l’écart entre les riches et les pauvres s’est creusé. Le pire, c’est l’indifférence ; ce qui fait l’humain, c’est "la faculté d’indignation et l’engagement qui en est la conséquence."

 

Il nous ouvre quelques pistes, mais probablement pas assez balisées pour qu’elles débouchent sur un véritable militantisme. Suivons-les, malgré tout :

-         L’éducation : il soutient ces enseignants qualifiés de "désobéisseurs" qui refusent d’appliquer les réformes de 2008 trop éloignées de l’idéal démocratique d’une école au service de l’esprit critique et créatif.

-         La grande pauvreté, la situation des sans-papiers, des immigrés, des Roms.

-         Les droits de l’homme et l’état de la planète, en revenant à la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme que nous devrions défendre pour qu’elle s’applique à tous.

-         La pensée productiviste, la fuite en avant vers le "toujours plus", plus d’argent, plus de technique, plus de consommation, au détriment de l’éthique, de la justice, de l’équilibre durable et de la culture.

 

Son discours frappe parce qu’il replace chaque lecteur devant sa responsabilité d’être humain qui devrait le pousser vers l’engagement.

 

Il est cependant dommage qu’il ne creuse pas plus profondément les motifs d’indignation qu’il ne fait suggérer. En procédant ainsi, dans une langue simple, il prend le risque de réunir les contraires dans un consensus mou, et de ne pas vraiment réussir à sortir de leur indifférence les partisans du "je n’y peux rien, je me débrouille". Ou, plus grave, il risque de donner bonne conscience aux indignés d’un jour qui se contentent d’une vague protestation accompagnée éventuellement d’un chèque lors d’une catastrophe, aussi vite oubliée qu’advenue dans les médias.

 

Ne négligeons cependant pas son appel à une "véritable insurrection pacifique" en faveur du respect des plus faibles, de l’équité, d’un équilibre économique durable, d’une culture pour tous. Et retenons sa formule de conclusion : « CREER, C’EST RESISTER. RESISTER, C’EST CREER. »




S’indigner, résister : mots du mois – janvier 2011
 

Le passage de l’année 2010 à 2011 aura été marqué par l’appel du célèbre résistant Stéphane Hessel : "Indignez-vous !", et ce sont deux verbes, s’indigner et résister que nous allons explorer ce mois-ci.

 

S’indigner : employé le plus souvent de manière pronominale, ce verbe nous renvoie à l’indignation, c’est-à dire au sentiment de colère et de révolte que peut provoquer quelqu’un ou quelque chose ; on ne s’indigne pas de rien ; et quant Stéphane Hessel en fait une injonction, à l’impératif, il nous renvoie à la fois à une attitude, et à un objet.

Une attitude : être capable de s’indigner ; mais puisque l’indignation est un sentiment, cette attitude repose sur la capacité de ressentir, de s’émouvoir.

Pourtant, il ne s’agit pas de s’émouvoir pour la dernière bluette venue, ni pour un fait divers ou un mélo : il ne peut y avoir d’indignation sans objet, sans une raison sérieuse de se révolter.

Et, s’indigner, c’est se révolter contre l’indignité, terme extrêmement fort qui, après avoir désigné au 17ème siècle "l’exclusion d’un héritier ayant commis une faute grave contre le défunt", a pris, depuis le 19ème siècle le sens de "refus du droit électoral à certaines personnes", et plus spécifiquement au 20ème celui de "privation de certains droits civils ou civiques". Pendant la seconde guerre mondiale, "l’Indignité nationale est une peine sanctionnant les faits de collaboration avec l’ennemi".

L’indignité est donc chose grave, liée à la bassesse, à la vilénie, à l’infamie qui ne peut que susciter un mépris profond. Par son injonction : « Indignez-vous ! », Stéphane Hessel tente de ressusciter un sentiment, celui  qui nous pousse à nous révolter contre un manque de dignité. Etre digne, c’est mériter l’estime, la considération, c’est être humain ; être indigne, c’est démériter des valeurs inviolables de l’humanité.

Mais, s’indigner pourrait être vain, si l’on s’arrêtait à une colère soudaine et passagère. "S’indigner contre" doit s’accompagner d’une action dans la durée. S’inscrire dans la réaction ne suffit pas, car elle risque de s’envoler comme un feu de paille. Et pour faire durer l’action, rien de mieux que de "résister".

 

Résister : étymologiquement, c’est "s’arrêter, se tenir en faisant face, faire obstacle à…". Utilisé d’abord uniquement pour un être vivant, au sens de "s’opposer par la force à une personne qui fait usage de la force ou de moyens de contrainte", il signifiait aussi, sans complément, "se rebeller, refuser de se soumettre à une autorité". C’est la conjugaison de ces deux acceptions qui a donné le sens politique de "résistance" comme droit de résistance à l’oppression. Pendant la seconde guerre mondiale, ce mot avec une majuscule s’applique à l’action menée par ceux qui s’opposèrent à l’occupation de leur pays. Résister, ce n’est pas seulement se rebeller, ni refuser l’autorité et la contrainte, c’est faire face en se tenant droit, c’est agir !

 

Indignons-sous, certes, mais pour une cause forte et juste ! Et agissons pour résister à ceux qui l’empêchent d’advenir…



12/01/2011

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